S’il est déroutant de lancer une exposition sur les coordonnées GPS de l’espace qu’elle embrasse, il est encore plus insolite d’en suivre le cheminement à la pointe d’un stylo bille BIC si célèbre soit-il.
Et c’est là tout le talent de la jeune artiste Laëtitia Grün qui envoûte son visiteur dès ses premiers pas dans la salle du Tenyidor où la teinture des filets des pêcheurs du temps jadis a laissé son empreinte abstraite. Pris dans le génial effilochage de ses circonvolutions bleues, toujours bleues, notre visiteur audacieux ne sait pas encore dans quel univers fantastique il s’est embarqué. D’autant que l’artiste semble nous guider avec bienveillance : « imaginez un instant que vous êtes un voyageur qui arrive à Collioure par la mer. Vous rencontrez le clocher, emblématique. Vous passez une nuit aux Templiers, à votre table LES anchois, Les rousquilles et LE « pourou » pour vous désaltérer » explique gentiment Laëtitia, notre guide qui nous laisse soudain, malicieusement au milieu du gué. Parce que soudain, nous nous retrouvons captifs de ses multiples traits bleus, de ses taches bleues, de ses traces bleues et ce qui nous semblait une carte marine bien conventionnelle se mue soudain en un dédale imaginaire, un voyage de la mer à la terre, une errance du paysage à l’objet. « La mer semble bleue, mais ce n’est pas vrai, c’est une illusion, c’est spirituel et tout l’art de Laetitia tient également dans le contraste entre ce bleu abstrait et la concrétude de ses dessins » rappelle Claire Muchir directrice du musée d’art moderne de Collioure. Le talent de Laëtitia Grün, c’est la beauté sans détour, la couleur de nos rêves, l’infini du ciel, la profondeur de la mer « coulés dans ce bleu puissamment abstrait » . Seule concession à l’humain, un portrait sublimé de Matisse dont les couleurs, ont fait trembler le salon d’automne de 1905.
Et le Bic ? Juste un compagnon de randonnée pour l’artiste, « pour échapper à l’étroitesse d’un tout petit appartement, je partais faire de la marche et dans mon sac à dos, le stylo bille accompagnait mon carnet de dessins ». Et la cartographie ? « Un outil qui transforme le réel », et qui n’a plus aucun secret pour l’artiste qui a fait de ces itinéraires géographiques un cheminement spirituel poétique et esthétique. « La galerie du Tenyidor s’est ainsi métamorphosée en in lieu de rencontre, de découverte et d’émotion », concluait Annie Lamarque, déléguée au rayonnement culturel, représentant le Maire Guy Llobet.


